VINCENT C. (s.d.). « Apprendre la philosophie » URL : https://apprendrelaphilosophie.com
Le devoir désigne l’obligation a I’égard de ce qu’il faut faire ou ne pas faire. Il se réfere au Bien (morale) ou a la Loi (droit), suppose une régle et s’adresse a la liberté de I’individu.
Exemple : Le devoir de ne pas mentir, le devoir de respecter la loi.
J’ai le choix d’accomplir mon devoir ou non. Le devoir se distingue, en cela, de la nécessité, qui, elle, ne laisse aucune alternative.
Le devoir peut avoir deux origines :
On s’intéressera particuliérement au devoir moral: c’est un ensemble d’obligations a faire le bien, de régles de conduite et de valeurs qui réglementent nos rapports aux autres (ex: étre honnéte, genereux, tolérant, etc.. )
La morale : Clest l’ensemble des régles et des normes de comportement considérées comme bonnes ou mauvaises (bien/mal), justes ou injustes, dans un groupe humain.
Nos jugements moraux semblent étre avant tout le résultat d’une éducation sociale. Les institutions sociales, essentiellement celles de la famille et de I’Etat, véhiculent des normes et des valeurs. Le probléme est que, bien souvent, cette éducation se présente comme une éducation a une vérité morale, a propos de ce qu’on doit faire et ne pas faire. Nous avons alors |’impression que nos jugements moraux peuvent étre vrais et que nous avons raison, alors qu’ils sont seulement le résultat de notre éducation particuliere. Nietzsche va plus loin encore, car il défend que nos croyances morales viennent de nos instincts et de notre nature.
« Chez un philosophe, au contraire, rien n’est impersonnel, et sa morale surtout témoigne rigoureusement de CE QU’IL EST, car elle révele les plus
profonds instincts de sa nature et la hiérarchie a laquelle ils obéissent . »
Nietzsche, Par-dela le bien et le mal. (1886)
Pour Rousseau, il ne faut pas chercher dans la réflexion ou I’éducation, l’origine de notre sens du devoir. C’est parce que l’étre humain est naturellement doué de pitié c’est-a-dire d’une certaine répugnance a voir souffrir autrui, qu’il va spontanément se porter a son secours s’il le voit souftrir et éviter de le faire souffrir lui méme. Mais I’éducation et la vie en société ont tendance 2 lui faire perdre cette pitié naturelle.
« L’homme nait bon c’est la société qui le corrompt. »
Rousseau, Discours sur les sciences et les arts
Selon Kant, pour savoir ce que nous devons faire moralement, il ne faut pas suivre des régles qui viendraient d’une autorité extérieure (la Société, Dieu, la Nature…) ou suivre ce que nous dit notre sensibilité (Rousseau), il faut réfléchir aux principes que I’on suit (c’est une morale de l’autonomie et non de l’autorité). Cela suppose de se demander, par exemple, quand nous cherchons notre devoir si nous pourrions vouloir rationnellement que tout le monde fasse de méme (ler impératif catégorique de Kant voir ci-dessous) ou si ce que nous projetons de faire respect la dignité humaine. Respecter quelqu’un pour Kant c’est ne pas le traiter comme un simple moyen au service de mes intéréts.
« Agis uniquement d’apres la maxime dont tu peux vouloir en
méme temps qu’elle devienne une loi universelle . »
Kant, Fondements de la métaphysique des moeurs
Selon Nietzsche, il est faux de penser qu’il y aurait une vérité en matiére de morale. Les devoirs moraux ont une histoire, il est possible de dire a quelle période, ils apparaissent et dans quelle société ou culture particuliere. C’est le cas, par exemple, de la valeur de tolérance dont on peut situer l’apparition a la fin du 16e siecle. Avant cette idée de tolérance n’existe pas. Par ailleurs, pour Nietzsche, les valeurs morales sont le résultat de pulsions grégaires c’est-a-dire que dans une société donnée il va sembler « normal » de faire ceci ou cela car c’est ce que fait la majorité. Alors ce qui semble normal (car fait par la majorité) devient ce qui est moral (ce que ‘on doit faire), mais ce devoir n’est en aucun cas pour Nietzsche le résultat d’une réflexion.
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Bentham est partisan de l’utilitarisme moral, cela signifie que pour déterminer ce qui est bien ou mal (notre devoir), nous devons utiliser notre raison afin de calculer les conséquences de nos actions. En d’autres termes, ce qui est moral, ce que nous devons faire, c’est ce qui maximise le bonheur du plus grand nombre. Il s’oppose en cela a Kant, car méme s’il considere aussi que nos devoirs viennent d’une réflexion (de la raison), pour Bentham, il ne s’agit pas de réfléchir sur des principes qui donneraient une régle a suivre dans tous les cas, mais sur les conséquences effectives de notre action.
« Le plus grand bonheur du plus grand nombre est
la mesure du juste et de I’injuste. »
Bentham
Si je suis esclave de mes désirs je ne suis pas libre, faire son devoir c’est suivre la loi de sa raison qui permet une maitrise de moi. Kant dans le Traité de pédagogie, remarque que les enfants pour étre éduqués doivent recevoir trois choses : des soins, de la discipline et enfin de I’instruction. La discipline est nécessaire car ainsi I’enfant va apprendre 2 respecter des regles et apprendre qu’il ne peut pas avoir toujours absolument tout ce qu’il veut. En acceptant de se plier a des régles, il apprend a supporter le fait de ne pas avoir ce qu’il désire et ainsi il devient ensuite Capable de se donner 4 lui méme des régles et de s’y tenir méme si ces regles s’opposent a ses désirs immédiats. Ainsi, pour Kant, étre maitre de soi cest étre capable de se maitriser et de ne pas céder a tous ses désirs. On peut alors
dire que faire son devoir c’est parfois étre libre car c’est étre capable de ne pas toujours suivre son désir.
« L’angoisse est le vertige de la liberté. »
Kierkegaard, Le concept d’angoisse
Freud a montré que notre conscience morale, c’est-a-dire ce qui en nous nous dit ce que nous devons faire et ce qui est bien ou mal, est en réalité le résultat de lintériorisation des régles de nos parents. En d’autres termes, a force d’entendre certains commandements, nous finissons par nous les donner a nous-mémes en I’absence de nos parents car cela devient une habitude inconsciente. En ce sens, on peut dire que ce qui nous apparait comme notre devoir n’est pas nécessairement quelque chose que nous avons choisi, donc quand nous faisons notre devoir sans nous interroger sur le bien fondé de ce devoir, nous ne sommes pas libres.
« Montrer au moi qu’il n’est seulement pas maitre dans
sa propre maison. »
Freud, L’Inquiétante Etrangeté et autres essais
Pour Alain, il y a paradoxalement un devoir d’étre heureux. Cela peut sembler étrange car nous avons des devoirs envers les autres, comment pourrions nous alors avoir le devoir d’étre nous-mémes heureux ? Pour le philosophe, il y a bien un devoir d’étre heureux car
la vie sera beaucoup plus légére a supporter pour nos proches si nous ne sommes pas déprimés. Au contraire, si nous sommes heureux, alors notre bonheur les aidera eux aussi a étre heureux.
« Le malheur, I’ennui et le désespoir sont dans ‘air que
nous respirons tous . »
Alain, Propos sur le bonheur
Pour Kant, l’idée qu’il pourrait y avoir un devoir d’étre heureux est absurde. Le devoir désigne ce que nous devons faire pour le bien des autres, pas pour le notre. L’action morale pour Kant (le devoir moral) a pour caractéristique premiere d’étre désintéressée, c’est-a-dire que c’est quelque chose que nous allons faire alors méme que cela pourrait étre contraire a nos intéréts, simplement parce que nous savons que c’est notre devoir. Par exemple, si je trouve un portefeuille dans la rue, il peut étre dans mon intérét de garder l’argent, mais je sais que mon devoir est de le rapporter & son propriétaire car si je réfléchis, c’est [‘action que je pourrais vouloir rationnellement que tout le monde fasse. C’est un principe moral. Le fait d’étre heureux pour Kant ne concerne pas les autres, mais seulement moi et donc ¢a n’est pas une question qui releve de la morale, il n’y a donc pas de devoir d’étre heureux.
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